Un marchand de biens peut-il faire de la location ?
Le métier de marchand de biens est souvent associé à l’achat et à la revente rapide de biens immobiliers, avec pour objectif principal de réaliser des plus-values. C’est une activité professionnelle à part entière, exercée à titre habituel et encadrée par un cadre juridique et fiscal spécifique.
Mais une question revient souvent chez ceux qui s’y intéressent : un marchand de biens peut-il louer un bien immobilier ? Est-ce autorisé ? Est-ce compatible avec son statut ? Et quelles en sont les implications fiscales ?
Selon nos fiscalistes et experts du secteur, la réponse mérite quelques précisions. Tout dépend de la stratégie fiscale adoptée, du type de bien, et surtout de la durée de mise en location.
Dans cet article, nous faisons le point sur ce qu’il est réellement possible — et conseillé — de faire en tant que marchand de biens lorsqu’il s’agit de location.
Un marchand de biens peut-il légalement louer un bien ?
Contrairement à une idée reçue, oui, un marchand de biens peut tout à fait louer un bien immobilier dont il est propriétaire. Même si son cœur de métier reste l’achat-revente rapide, rien dans la législation n’interdit la mise en location ponctuelle d’un bien en attente de cession.
Selon nos fiscalistes, cette option peut d’ailleurs être envisagée dans certaines situations spécifiques, notamment lorsqu’un bien peine à trouver un acquéreur ou que le contexte du marché impose un délai de revente plus long que prévu. Cela permet ainsi d’éviter que le bien ne reste vacant tout en générant des revenus temporaires.
Toutefois, comme nous le verrons dans les prochaines sections, cette stratégie n’est pas sans conséquences sur le plan fiscal et juridique. Elle doit donc être maniée avec précaution pour ne pas compromettre les avantages liés au statut de marchand de biens.

Courte durée vs longue durée : quelle location privilégier pour revendre facilement ?
Nos experts immobiliers sont formels : si un marchand de biens envisage de louer un bien avant de le revendre, il doit privilégier une location de courte durée. Pourquoi ? Parce qu’elle permet de rester flexible et de libérer rapidement le bien dès qu’une opportunité de vente se présente.
La location saisonnière, meublée ou de quelques mois, peut ainsi servir de solution temporaire sans nuire à la stratégie globale d’achat-revente.
En revanche, s’engager dans une location longue durée présente des risques non négligeables. D’une part, le bien devient moins liquide, c’est-à-dire qu’il est plus difficile à revendre rapidement, car il est occupé par un locataire, ce qui peut freiner certains acheteurs. D’autre part, des locations prolongées peuvent remettre en question la nature de l’activité du marchand de biens, avec un risque de requalification fiscale en activité de loueur professionnel. Ce changement peut entraîner une imposition moins avantageuse et des obligations comptables supplémentaires.
Il est donc essentiel de définir à l’avance sa stratégie et de ne pas laisser la location empiéter sur la finalité du métier : revendre.
| Critère | Location courte durée | Location longue durée |
|---|---|---|
| Flexibilité | Très flexible, arrêt rapide de la location possible | Peu flexible, bail à durée fixe (souvent 1 à 3 ans) |
| Disponibilité du bien à la vente | Bien libérable rapidement en cas d’opportunité de revente | Bien occupé, difficile à vendre en l’état |
| Attractivité pour les acheteurs | Bien vide et disponible, plus facile à vendre | Présence d’un locataire peut décourager les acheteurs |
| Risques fiscaux | Faibles, compatible avec l’activité de marchand de biens | Risque de requalification fiscale en activité de loueur professionnel |
| Impact sur la stratégie globale | Compatible avec une logique d’achat-revente | Peut freiner ou compliquer la revente rapide |
| Revenus générés | Moins stables mais potentiellement plus élevés à court terme | Stables sur la durée, mais moins adaptés à une revente rapide |
Conséquences fiscales de la location
D’un point de vue fiscal, la mise en location d’un bien par un marchand de biens n’est pas anodine. Elle peut avoir des avantages à court terme, mais également des inconvénients à ne pas sous-estimer, notamment en cas de requalification de l’activité.
Avantages fiscaux de la location pour un marchand de biens
Lorsqu’un marchand de biens met un bien en location, les loyers perçus viennent s’ajouter au chiffre d’affaires de la société. Ces revenus locatifs sont soumis à l’impôt sur les sociétés (IS), comme toute autre activité commerciale.
Selon nos fiscalistes, certains frais engagés pour cette location peuvent être déduits : frais de gestion, travaux d’entretien, intérêts d’emprunt, charges de copropriété, etc. Cela peut permettre de réduire la base imposable et d’optimiser temporairement la trésorerie d’un projet en attente de revente.
C’est donc une option envisageable dans une logique de rendement ponctuel, à condition de bien cadrer l’opération juridiquement et comptablement.
Les risques fiscaux de la location pour un marchand de biens
Le principal risque, selon nos experts, réside dans la requalification de l’activité par l’administration fiscale. En effet, si la location devient récurrente ou s’étale sur une trop longue période, l’administration peut considérer que la société exerce une activité de loueur professionnel plutôt que celle de marchand de biens.
Cette re-qualification peut avoir de lourdes conséquences :
- Perte de certains avantages fiscaux liés à l’achat-revente (comme la récupération de TVA sur les travaux ou l’exonération de droits de mutation dans certains montages juridiques),
- Application d’un régime fiscal moins favorable,
- Risque de redressement fiscal avec effet rétroactif (c’est-à-dire que l’administration peut requalifier les revenus passés et exiger le paiement des impôts et pénalités sur plusieurs années en arrière),
- Obligations comptables accrues (par exemple : tenue de comptabilité plus détaillée, déclarations spécifiques, et séparation stricte des activités locatives et commerciales).
Autrement dit, l’activité locative doit rester accessoire, ponctuelle et justifiée, notamment en cas de blocage temporaire à la revente.

Mise en garde dans le cadre du dispositif 150 O B TER
Dans le cas spécifique de l’article 150 O B TER du code général des impôts, qui prévoit une exonération d’impôt sur la plus-value de la vente de votre entreprise, vous avez la possibilité de réinvestir vos 60% dans une activité de marchand de biens sous certaines conditions. Dans ce cas, la mise en location peut compromettre les avantages fiscaux attendus.
En effet, l’administration fiscale considère généralement que la mise en location du bien est incompatible avec l’intention spéculative de revente rapide exigée par ce régime. Par conséquent, même une location de courte durée pourrait suffire à remettre en cause l’éligibilité au dispositif.
Il est donc essentiel, pour les marchands de biens concernés, de s’abstenir de toute mise en location lorsqu’ils entendent bénéficier de l’exonération prévue par l’article 150 O B, sauf justification exceptionnelle et dûment documentée.
Quelles charges peut-on déduire en tant que marchand de biens ?
Lorsqu’un marchand de biens choisit de mettre un bien immobilier en location, certains frais peuvent être déduits de la base imposable de la société, à condition qu’ils soient directement liés à la gestion locative du bien.
Selon nos fiscalistes partenaires, les principales charges déductibles sont les suivantes :
- Frais d’agence immobilière pour la mise en location ou la gestion du bien,
- Frais de notaire liés à l’acquisition si la location reste temporaire avant revente,
- Frais de déplacement ou de mission professionnelle liés à la gestion du bien,
- Charges de copropriété, taxes foncières et assurances,
- Travaux d’entretien, de réparation ou de remise en état avant la mise en location,
- Intérêts d’emprunt si le bien a été financé via un crédit.
Ces déductions permettent au marchand de biens de réduire temporairement l’impact fiscal de la location, en optimisant sa trésorerie sur le court terme.
⭢ Attention toutefois : pour être acceptées en cas de contrôle, ces charges doivent être justifiées, clairement identifiables dans la comptabilité, et en lien direct avec l’exploitation temporaire du bien.
Conditions pour avantages fiscaux : ce qu’il faut savoir
Beaucoup de nouveaux marchands de biens se demandent s’il est possible de profiter des dispositifs fiscaux réservés aux investisseurs locatifs, comme le statut LMNP ou la loi Pinel. Nos fiscalistes sont catégoriques : ces dispositifs ne sont pas compatibles avec une activité professionnelle de marchand de biens.
Marchand de biens : les aides fiscales locatives qui ne s’appliquent pas
Les avantages fiscaux liés à la location (réduction d’impôt, amortissements, abattements spécifiques…) sont réservés aux bailleurs non professionnels. En tant que marchand de biens, votre activité est considérée comme commerciale, ce qui vous exclut des dispositifs tels que :
- La loi Pinel, réservée à la location nue de logements neufs,
- Le statut LMNP (Loueur Meublé Non Professionnel),
- Le régime micro-foncier, applicable uniquement aux particuliers percevant moins de 15 000 € de loyers par an.
Les charges déductibles autorisées pour un marchand de biens
En revanche, comme mentionné précédemment, certaines charges d’exploitation peuvent être déduites, à condition qu’elles soient justifiées et directement liées à la location temporaire du bien :
- Travaux d’entretien,
- Frais de gestion locative,
- Intérêts d’emprunt,
- Charges de copropriété, etc.
Ces déductions permettent d’optimiser temporairement la fiscalité de la société, mais ne constituent pas un avantage fiscal au sens strict.
⭢ Attention à la cohérence de l’activité
Enfin, nos experts vous recommandent vivement de rester cohérent dans votre stratégie. Une activité de location trop régulière ou prolongée peut entraîner une requalification de votre statut par l’administration fiscale, ce qui vous ferait perdre votre régime de marchand de biens et les avantages liés à l’achat-revente rapide (comme la TVA récupérable ou certains montages en SASU).

Comment louer un bien sans compromettre votre statut de marchand de biens
Si vous envisagez d’intégrer ponctuellement la location dans votre activité de marchand de biens, certaines précautions sont indispensables pour éviter les pièges fiscaux et rester aligné avec votre statut juridique.
Voici les principales bonnes pratiques recommandées par nos experts :
1. Privilégier la location de courte durée
Pour conserver la souplesse nécessaire à la revente, il est fortement conseillé d’opter pour des locations de courte durée (quelques semaines à quelques mois). Cela permet de générer des revenus temporaires tout en restant maître du calendrier de vente.
C’est la solution idéale en cas de marché ralenti ou si vous attendez une opportunité de cession plus favorable.
2. Séparer clairement les revenus locatifs
Une comptabilité rigoureuse est indispensable. Les revenus issus de la location doivent être clairement distingués des revenus issus de l’achat-revente.
Nos fiscalistes rappellent que cette séparation est essentielle pour :
- éviter toute confusion en cas de contrôle fiscal,
- préserver la cohérence du modèle économique,
- faciliter les déclarations et optimiser la fiscalité.
3. Travailler avec un expert-comptable spécialisé
Faire appel à un expert-comptable habitué aux montages immobiliers est vivement recommandé. Il saura :
- vous alerter sur les seuils à ne pas franchir pour éviter une requalification,
- structurer votre activité en fonction de vos objectifs (ex. : location en SASU vs. SCI),
- optimiser vos déclarations fiscales en tenant compte des charges déductibles et des délais de revente.
Alors oui, un marchand de biens peut louer un bien immobilier, mais cela ne doit pas devenir une habitude. La location doit rester ponctuelle, stratégique et bien encadrée, sous peine de remettre en question le cœur de votre activité et d’engendrer des conséquences fiscales lourdes, notamment en cas de requalification.
Nos fiscalistes insistent sur l’importance de conserver une vision claire de votre statut, de distinguer vos sources de revenus, et de vous entourer de professionnels compétents : expert-comptable, avocat fiscaliste, gestionnaire spécialisé…
Dans certains cas précis, la location peut être une solution temporaire intéressante, mais elle ne doit jamais faire oublier l’objectif principal d’un marchand de biens : acheter, valoriser et revendre rapidement.
